Bett

registrado: 21-03-2004
respuestas: 626
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Re: ummm interesante...
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EXCLUSIVA(-mente afanado):
Javier Marias
" Nous avons tous expérimenté la trahison "
L'écrivain espagnol clôt sa trilogie " Ton visage demain ", dans laquelle la lâcheté tient une place centrale. On y retrouve le héros- narrateur, capable d'imaginer la façon dont les gens vont vieillir
Javier Marias. MCCABE LEBRECHT/LEEMAGE
Face à face. Rarement expression aura été plus appropriée. Quand Javier Marias vous ouvre la porte de son appartement, dans un immeuble médiéval du centre historique de Madrid, il est impossible de ne pas le fixer avec attention. Non pour s'assurer qu'on ne s'est pas trompé d'étage. Ou parce qu'on a appris à regarder dans les yeux les gens que l'on salue. Mais parce qu'on arrive tout imprégné de ses livres et que, pour cette raison même, on se prend soudain, comme son héros, à détailler et " interpréter " chaque visage...
Un ovale parfait, trois rides bien parallèles barrant un front un peu dégarni de quinquagénaire, une paupière légèrement tombante... Se peut-il que tout cela puisse, comme on dit, " faire sens " ? Plus tard, alors qu'il est assis dans le canapé du salon et propose du chocolat noir, l'idée revient avec insistance. Menton, joues, sourcils, oreilles... Comment un simple assemblage de chairs peut vraiment dire, prédire ou trahir quelque chose ?
Depuis plus de huit ans, Javier Marias travaille sur le visage. Aucun lien avec la moindre démarche morphopsychologique ou physiognomonique douteuse ! Aucun rapport non plus avec l'oeuvre de Levinas, pour qui le visage de l'autre nous investit d'une responsabilité. Non. Ton visage demain, une trilogie commencée en 1998, est bien d'abord une entreprise romanesque - touffue, complexe, très complexe même parfois et qui sollicite sans cesse le lecteur -, mais où, comme le titre l'indique, le visage joue un rôle central. On peut le comprendre, d'ailleurs. Le visage n'est-il pas au fond le thème privilégié de l'art depuis le paléolithique ? Celui qui hante le dessin, la peinture, la sculpture depuis La Dame à la Capuche de nos lointains cours de préhistoire ?
En littérature, ce motif est sans doute moins présent, et l'approche de Marias n'en est que plus singulière. Dans les trois tomes de Ton visage demain, le héros-narrateur, Jaime, a la capacité de percer à jour les êtres en observant leurs traits et en imaginant la façon dont ils vont vieillir, bref de les " voir " vraiment, de les jauger, de savoir - c'est ce qui obsède Marias et son narrateur par-dessus tout - s'ils se comporteront plus tard en héros ou en lâches.
" La lâcheté. Oui, Perez Nuix avait raison : on ne sait presque jamais ce que c'est, remarque Jaime, page 110. Elle ne se présente jamais à l'état pur. Le plus souvent (...), il n'y a pas moyen de la séparer de l'ensemble de ce qui nous constitue, de l'arracher au noyau de chacun de nous, ni de l'isoler. " Sera-t-on fort ou faible ? En général, nul n'en a la moindre idée, surtout pour soi-même. Et Marias note qu'il est d'ailleurs " oppressant d'ignorer cela et de savoir en plus qu'on ne l'apprendra jamais. Mais, dit-il, c'est ainsi que nous vivons ".
Jaime, lui, sait. A force de déshabiller les âmes, et " aussi fuyante que soit la lâcheté ", il ne la laisse pas échapper, il la capture. A travers " son visage demain ", il a cette faculté étrange de dire à (ou de) quiconque : " Tu es celui qui trahira. Tu es Judas. Tu es Iago... "
D'où vient donc cette étrange obsession ? Certes, dans de nombreux romans précédents, Marias procédait déjà par associations d'images ou d'idées - Un coeur si blanc (Rivages poche, 2004), Demain dans la bataille pense à moi (Rivages, 1996). Mais la trahison ? Avant de se lancer dans l'explication - et peut-être parce qu'il s'agit d'un passage délicat de son histoire familiale -, Javier Marias allume une nouvelle cigarette. Puis : " C'est un des principaux désirs que nous avons tous, dit-il, savoir de quoi l'autre est capable. Peut-être parce que nous avons tous expérimenté la déception ou la trahison. C'est exactement ce qui est arrivé à mon père, pendant la guerre civile espagnole... " Marias explique comment son père, le philosophe et sociologue Julian Marias, mort en 1995, a été trahi par son " meilleur ami ", qui, pendant la guerre d'Espagne, le livra aux phalangistes comme " agent de Moscou ".
Le destin du père, la façon dont il a meurtri le fils, est donc ce qui sous-tend toute l'entreprise de Ton visage demain. Et cette interrogation qui revient comme un leitmotiv : " Comment peut-on ne pas voir (...) que celui qui finira et finit par nous perdre nous perdra ?, écrivait déjà Marias dans le premier tome, Fièvre et lance. Comment puis-je ne pas connaître aujourd'hui ton visage demain, celui (...) que tu ne me montreras que lorsque je ne m'y attendrai pas ? " Plus loin, il ajoutait : " Rare est la confiance qui n'est pas trahie tôt ou tard, rare est le lien qui ne s'emmêle pas ou ne fait pas de noeuds, et alors il finit par être trop serré et il faut tirer son couteau pour le trancher net. "
Quand on demande à Marias quel type d'existence on peut mener lorsqu'on est ainsi habité par le doute et la méfiance constante envers autrui, il préfère botter en touche. Expliquer, comme dans son livre, que le personnage de Jaime est aussi une métaphore de l'écrivain. " Aussi brillant et heureux qu'il ait été, le passé nous semble entaché d'ingénuité, note-t-il. C'est pourquoi il comporte toujours un élément d'irrémédiable fadaise, et nous fait sentir honteux d'être resté dans les nuages, d'avoir cru alors ce qu'aujourd'hui nous savons être faux, ou qui ne l'était peut-être pas, mais ne l'est plus, pour n'avoir ni résisté ni persévéré. L'amour qui semblait solide, l'amitié dont nous ne doutions pas... "
A cet égard, Jaime est comme l'écrivain, celui qui a les yeux décillés parce qu'il connaît le dénouement de l'histoire. Même si, précise Marias dans son français impeccable, " j'applique à l'écriture de mes romans le même principe de connaissances qui règle la vie ". Traduction ? " A 40 ans, on peut regretter de s'être marié avec telle personne ou d'avoir choisi tel métier, mais il faut s'y tenir. En littérature, c'est différent. Un romancier, lui, peut changer la page 10 si, page 300, il s'aperçoit qu'elle ne lui convient plus. Or moi, je ne fais pas cela. Je m'applique au contraire à rendre nécessaire ce qui, au début du livre, a pu me venir par hasard. Je le fais parce que ça m'amuse, c'est un défi supplémentaire. D'ailleurs, dans cette trilogie, il y a depuis le premier tome une tache de sang. On a beau frotter, il reste toujours une auréole. Preuve qu'on n'efface jamais rien. "
Parvenu au terme de son énorme trilogie, Marias avoue un sentiment de " videment ", comme il dit. Ses personnages lui manquent. Même Jaime ? " Personne n'aime savoir à l'avance. Cela nous fait horreur, une horreur biographique et une horreur morale ", écrit-il à la fin du livre. A moins, suggère-t-il, que " personne n'ose reconnaître qu'il voit ce qu'il voit ". Ce n'est peut-être pas faux. Depuis qu'on a lu et rencontré Marias, on a beau se montrer vigilant et regarder les visages, force est d'avouer que souvent on n'y voit rien. On n'y apprend rien. Et peut-être est-ce mieux comme cela ?
Florence Noiville
[Nota de la a(-fanadora): creo que Florence necesitó un baberito, ainsssss... Las negritas, mías, por lo chocante]
[Sigue]
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Bett
Diviértete pero no te despistes.
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